Des assises sur la parentalité et la prévention

 

 

 

Les 6 et 7 mai 2010, se sont déroulées les assises sur la parentalité et la prévention, intitulées « le rôle des adultes dans la prévention des conduites à risques des adolescents ». Elles ont été organisées par le Président de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Toxicomanies), Monsieur Etienne APAIRE et ouvertes par Madame le Ministre de la santé et des sports, Roselyne BACHELOT-NARQUIN.

 

Au cours de ces deux journées, plusieurs intervenants se sont succédés à la tribune, éminents universitaires, cliniciens, professionnels de l’éducation et du secteur médico-sociale. Cet évènement fut l’occasion de débattre de concepts, réflexions et pratiques ayant tout à la prévention et à l’éducation.

 

En introduction, Monsieur APAIRE a rappelé deux chiffres importants :

 

-          38 % des plus de 18 ans pensent que l’usage de cocaïne et d’héroïne est autorisé dans un lieu privé,

-          21 % des parents déclarent ne jamais parler de drogues à leurs enfants.

 

 

Il précise que l’objet de ces assises n’est pas d’afficher une volonté de contrôle social, mais de favoriser un partage d’expérience pour réussir à donner aux enfants les moyens de vaincre les difficultés de la vie, contribuer à les rendre autonome et redonner confiance aux parents.

 

Philippe JEAMMET, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université René Descartes à Paris, introduit son propos en expliquant que tout être vivant se créé dans l’interaction avec l’environnement et que, par conséquent, l’enfant est la résultante d’une co-création.

 

Il distingue l’émotion de la sensation. La première est une manifestation endogène qui induit que quiconque contrôle les émotions de quelqu’un prend le contrôle sur lui. Le deuxième est issu d’une recherche choisie (même si elle n’est pas maîtrisée). Ainsi si l’on se donne des sensations, on ne choisit pas ses émotions.

 

Il n’adhère pas à l’idée communément répandue selon laquelle « il n’y a plus de valeurs » mais plutôt au constat que le champ des valeurs, plus étendu qu’auparavant, ne fait plus l’objet d’un consensus sur lequel s’appuyer, comme une sorte de « prêt à penser », constituant une base commode d’éducation. Selon lui : « la prévention est un état d’esprit, apprenons à nos enfants à goûter la vie ».

 

Marie CHOQUET, épidémiologiste et directrice de recherche à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Véronique DELVENNE, pédopsychiatre et professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université libre de Bruxelles s’expriment à deux voix sur le phénomène de consommation à mettre en relation avec les facteurs de vulnérabilité de chaque individu, de protection, et avec les facteurs situationnels renforçant les premiers ou les deuxièmes.

 

Les facteurs de vulnérabilité : la puberté, les premières sorties, l’intégration professionnelle, la séparation des parents, le changement de cycle scolaire.

 

Les facteurs de protection : les temps d’échange, les repas en famille et les activités communes.

 

Elles constatent que la dissuasion, notamment lorsqu’elle est énoncée par le père, entraîne un risque plus important que la non-autorisation. Elles proposent de favoriser la cohérence du modèle éducatif et la prévention précoce auprès des enfants et des parents. Elles attirent notre attention à plus de vigilance sémantique ; dans 97 % des cas, on parle des jeunes en termes négatifs.

 

Les intervenants ont pu reprendre quelques repères historiques et législatifs.

 

A la fin du XXème siècle, la famille occidentale évolue désormais dans une société égalitaire où l’homme et la femme sont égaux en droit et où l’enfant devient sujet de droit.

 

En 1958 : création de la protection judiciaire de l’enfant,

 

En 1970 : naissance de l’autorité parentale et disparition de la patria potestas (puissance paternelle), héritage du droit romain.

 

La question qui se pose depuis aux parents est la suivante : si mon enfant est un sujet de droit comme moi, que suis-je légitime à lui imposer ?

 

Les pistes des réflexions s’articulent autour des notions de responsabilité et de guidance parentale.

 

Si la loi circonscrit la notion de responsabilité parentale au seul fait de répondre financièrement aux dommages causés par ses enfants, la création de la notion de guidance parentale, légitimée par la position généalogique des parents permet de concilier autorité parentale et droit de l’enfant tout en légitimant la fonction des parents.

 

S’il est énoncé que la requalification des parents est un objectif louable et important, il est observé que la sanction financière n’est pas forcément la manière la plus efficace de leur redonner confiance en eux et en leur potentiel éducatif.

 

Il est proposé de mettre en œuvre une prévention précoce en aidant les parents à l’adoption d’une double attitude : d’une part l’autorité et la responsabilité parentale, limitante et contenante, et, d’autre part, la compréhension et la reconnaissance de ce que l’enfant recherche et des satisfactions que cela lui procure.

 

La définition de notre idéal éducatif devra être élaborée en réponse à une question : s’agit-il de parer à tous les dangers et toutes les rencontres ou de préparer l’enfant à les aborder ?

 

Une table ronde intitulée « Autorité et transmission : quels enjeux ? » a permis de rappeler que l’autorité n’est pas synonyme de pouvoir.

 

Le pouvoir est une position de surplomb tandis que ce qui fonde l’autorité éducative est l’expérience, le savoir-être, le savoir-faire, les connaissances.

On pourrait schématiquement dire que le pouvoir est « au-dessus » et que l’autorité est « avant ».

 

Il n’y a pas d’éducation sans exercice de l’autorité qui permet de grandir, d’aimer, d’expérimenter en structurant les expériences.

 

Erick PRAIRAT, professeur en science de l’éducation à l’université Nancy 2, a développé la thèse de l’érosion de l’autorité éducative, non pas destinée à alimenter les courants déclinistes (du « tout fout le camp »), mais plutôt comme lecture objective de la situation.

 

Il affirme qu’il y a érosion de l’autorité éducative (et souhaite bon courage à ceux qui voudraient démontrer le contraire), et identifie les causes suivantes :

 

-          une image de l’adulte « brouillée » du fait des fluctuations de ses caractéristiques sociales, professionnelles et matrimoniales ; l’adulte n’est plus l’image de la stabilité ce qui engendre une perte de confiance à son égard,

-          un concept d’éducation pénétré par la dimension démocratique prônée par notre société, qui en revendiquant l’égalité de tous et un modèle libéral annihile le caractère dissymétrique de la relation parents/enfants,

-          un effacement de la temporalité rendant difficile l’exercice de l’autorité. L’autorité est en effet liée à la temporalité, c’est par la deuxième que la première est possible, c’est elle qui légitime l’éducateur par le jeu de la transmission (l’éducateur est arrivé avant l’enfant, c’est là son ascendance). Or, notre société vit dans le présent, ce qui fait dire à cet universitaire que « la culture des pères s’étiole devant le culte des pairs ».

 

Pourtant transmettre permet de différer, symboliser et institutionnaliser ; le socle des valeurs éducatives.

 

La table ronde consacrée à « la place du tiers : au-delà des parents, quel rôle pour les autres ? » permet à Philippe JEAMMET d’expliquer que le tiers constitue une ouverture propice au questionnement : si j’adopte ce comportement, est-ce parce qu’il contribue à mon épanouissement ou parce qu’il semble plus intéressant et plus stimulant ?

Puisque, ce qu’il nomme « le prêt-à-porter » culturel n’existe plus de façon autoritaire, il nous faut trouver des valeurs dans nos ressources personnelles et trouver des consensus pour éduquer.

 

Pour étayer ces concepts, la table ronde sur « l’aide à la parentalité en France et dans le monde » présente quelques expériences.

 

Des professionnels anglo-saxons ont conçu et réalisé scientifiquement des programmes destinés à améliorer les compétences parentales, le dialogue, la communication et la cohésion intrafamiliale. Ils ont démontré de nombreux impacts positifs sur la santé future des enfants.

 

Olivier PHAN, praticien hospitalier en pédopsychiatrie et responsable médical du centre Emergence del’institut médical Montsouris présente un travail en cours de déroulement.

 

Il s’agit de comparer les résultats de la thérapie familiale à ceux de la thérapie individuelle sur la modification du comportement d’adolescents consommateurs de cannabis (étude INCANT). Cinq pays y participent : Belgique, Suisse, Hollande, Allemagne et France. Les premiers résultats montrent que la thérapie familiale permet une réduction de plus de 60 % des consommations.

 

 

En conclusion :

 

A travers la qualité des interventions, ces assises ont permis de rappeler combien il était important de ne pas jeter le discrédit sur les jeunes, de ne pas disqualifier les parents et les éducateurs, mais au contraire, de créer les conditions d’une reconnaissance mutuelle des ressources et potentiels de chacun.

 

La construction d’une cohérence et d’un équilibre entre les aspects positifs et négatifs est nécessaire pour déjouer le pessimisme ambiant ou son pendant, revers de la même médaille, « l’optimisme d’impuissance » pour reprendre les propos de Georg Henrik Von Wright, philosophe Finlandais décédé en 2003.

 

 

 

Catherine DELORME

Juillet 2010

 

 

 

 

 

Les actes complets de ces assises sont téléchargeables sur le site de la MILDT :

 

http://www.drogues-gouv.fr/